vendredi 23 avril 2010

LE REPERE CACHE DE SOPHIE TAUEBER ET JEAN ARP

Lors de votre dernière visite à Strasbourg, vous ne pouviez manquer la visite de l’Aubette, œuvre d’ « art total » de Sophie TAUEBER et Jean ARP. Mais qui irait chercher leur intimité sur les hauteurs de Clamart ? C’est pourtant là, au milieu des bois, dans un lieu isolé qui a toujours attiré artistes et architectes, que décida de s’installer en 1927 ce couple pionnier du dadaïsme et de l’art concret.


Vous pourrez visiter leur maison-atelier construite par Sophie sur le principe de son œuvre selon lequel « l’ornement est l’ennemi de la vérité ». Ce bâtiment dont le style dépouillé est marqué par le Bauhaus, cubique, rugueux, révèle une rigueur cistercienne que vient discrètement animer, comme un tableau abstrait, le rythme des carrés et des rectangles rouges des fenêtres. Il servira de cadre à la création des deux artistes jusqu’à la fin de leur vie et illustre leurs affinités complémentaires.

Ce fut aussi un lieu de rencontres, d’échanges d’idées et le creuset d’initiatives les plus diverses où se retrouvèrent la plupart des écrivains et intellectuels européens des Avant-gardes.

Un escalier central distribue trois niveaux et sépare l’espace de vie et l’espace de travail, la part la plus vaste et la mieux orientée ayant été laissée à l’origine aux deux ateliers. La présentation soignée d’un exemple significatif d’œuvres d’ARP (sculptures, collages, reliefs) illustre sa quête de la forme idéale et son talent à représenter par la dilatation des volumes et des lignes toutes les tensions du mouvement. De Sophie, vous verrez comment son travail traduisait « la recherche du caractère essentiel des fleurs, arbres, animaux et rochers ». Son mobilier sobre, modulaire qui combine trois couleurs primaires avec le gris, annonce le design contemporain.



Dans le jardin, ne manquez pas d’enfiler les gants qui vous sont proposés pour caresser les rondes-bosses voluptueuses des bronzes d’ARP. Vous serez ému de l’imaginer, au milieu de ses plâtres, dans l’atelier qu’il s’est fait construire au fond du jardin après la mort de Sophie.



Adresse, accès et visites :



Fondation ARP,

21, rue des Châtaigniers

92140 – CLAMART



RER Ligne C Station Meudon Val Fleury



Ouverture les vendredi, samedi, dimanche de 14 à 18h et sur rendez-vous (Tel : 01.45.34.22.63)



Site : www.fondationarp.org

jeudi 22 avril 2010

L’Avenue JUNOT ou aborder Montmartre par la face Nord

Las des rondeurs sucrées du Sacré-Cœur livrées à la collection étouffante des touristes intercontinentaux, passez votre chemin et abordez Montmartre par la face nord.


Prenez la ligne 12 du métro, descendez à la station Lamarck-Caulaincourt, grimpez les escaliers de la rue Pierre DAC et commencez l’ascension de l’Avenue Junot.

Retrouvez Paris en saluant sur votre droite la statue d’Eugène CARRIERE, peintre symboliste de la deuxième moitié du XIXème siècle, ami de RODIN et qui influença MATISSE et PICASSO.

Puis poursuivez votre route. Cette avenue était il y a un peu plus d’un siècle un maquis champêtre, refuge des mauvais garçons puis des artistes fraîchement débarqués à Paris, tels VAN DONGEN et MODIGLIANI. Elle vous offrira aujourd’hui, dans un écrin vert, une paradoxale surprise : un repère exceptionnel d’architecture rationaliste Art Déco sur lequel souffle la mémoire du surréalisme.

Du côté des numéros pairs (n°s 36 à 22), vous déambulerez entre des maisons particulières et des ateliers d’artistes arborés dont la rigueur fonctionnaliste flirte quelquefois avec des relents d’Art Nouveau.

Du côté impair (n°25), les maisons aux couleurs acidulées de la villa Léandre vous transporteront à Notting Hill : dans l’une d’elles, Max ERNST a fait surgir « de mystérieuses correspondances entre le monde familier et le monde surréel du rêve ». Au n°15, Adolf LOOS a conçu la maison de Tristan TZARA, fondateur de Dada, qui, avec ARAGON, BRETON et SOUPAULT, a voulu « tuer l’art ». Sur un soubassement de moellons apparents, un grand mur de crépi blanc évidé au centre par une profonde loggia dessine une façade puissante et élégante. Levez les yeux devant l’hôtel particulier du n°13 : vous y verrez la frise de pierrots gourmands du dessinateur POULBOT, hommage sage et coloré aux gamins dépenaillés de Montmartre qui inspirèrent ce dessinateur.

Pour finir de découvrir Montmartre à l’envers, prenez au n°2 bis l’impasse Girardin et vous serez seul à porter votre regard curieux de l’autre côté de l’avenue d’où surgira, tel Don Quichotte, le dos décharné et dominateur du Moulin de la Galette harcelé côté face par les ardeurs photographiques d’une foule compacte d’admirateurs.

Au n°2, subsiste l’atelier du peintre Gen PAUL, considéré comme l’un des pères de l’expressionnisme abstrait des années 1950.

Enfin, le Passe-Muraille de bronze sculpté en 1989 par Jean MARAIS, en hommage à la nouvelle éponyme de l’écrivain français Marcel AYME, surgit du mur qui ferme l’avenue et clôturera votre promenade sur une dernière note surréaliste.