Mardi 7 septembre, dans le cadre du Festival de piano aux Jacobins, crée il y a 30 ans et le premier du genre, Bertrand Chamayou nous a offert le plus déconcertant des concerts, nous permettant ainsi de mieux saisir les apports de la musique contemporaine.
Le lieu tout d’abord : les anciens abattoirs de Toulouse-devenu Musée d’art moderne-une grande nef et ses absidioles pourrions-nous dire.
500 personnes présentes, d’une écoute formidable. Pas de chaises. Une lente déambulation pour tous, de piano en piano, au fur et à mesure que notre pianiste choisissait celui lui permettant d’interpréter la partition retenue. Aux murs, des toiles de Morellet, Fontana, Soulages, Sam Francis, George Rousse, Casio Shiraga, Emilio Vadova et Domenico Bianchi.
En fait, « ayant eu carte blanche pour imaginer un projet hors-du-commun », Bertrand Chamayou a « voulu transformer l’idée même de ce qu’est unconcert en une sorte d’exposition éphémère », « transposant les principes d’une exposition dans l’univers musical », cela lui permettant d’établir un parallèle entre les nouveaux codes de la peinture abstraite , et ceux de la création musicale depuis l’après-guerre. Pari plus que réussi.
Le programme maintenant : 15 morceaux de musique, de Stockhausen à Thomas Adès.
80 mn de piano, les pièces étant enchaînées les unes aux autres, un continuum qui captait notre attention…tout en nous déconcertant parfois, la difficulté étant de saisir à quel moment le passage de l’une à l’autre se faisait. Et Bertrand Chamayou se déplaçant d’un piano à l’autre, une bande son faisant la transition.
En introduction tout d’abord, des sonorités de gong dans un registre grave et de cymbales antiques dans l’aigu. Le côté méditatif inspiré des rituels tibétains nous a de suite permis d’aller vers notre intériorité et de laisser place à une disponibilité totale pour la musique choisie. Celui qui nous a permis cela est Giacinto Scelsi avec son œuvre Bot-Ba de 1952
Et, si je peux me permettre de citer les morceaux qui m’enthousiasmèrent je nommerai le Klavierstück V (1954) de Stockhausen. Sa force venant de l’alternance de longs silences, densification et dissolutions de particules sonores. Les contrastes nous interpellaient fortement.
| piano préparé |
Dans cet esprit de piano « préparé », mentionnons Primitive (1942) de John Cage, vis et boulons, à nouveau dans les cordes, donnant des sons d’instrument à percussion !
| piano préparé |
A nouveau de George Crumb, Intermède d’après son Vox Balaenae (1971), évocation du raga indien par pincements de cordes et vibrations nées de l’apposition de morceaux de métal. Le tout compété par des vocalises générées par l’application de ciseaux sur les cordes, ce qui donnait un son cristallin.
Darknesse visible (1992) de Thomas Adès, transcription « éclatée d’une chanson pour voix et luth de John Dowland (fin XVIe siècle) nous surprenait par ses dynamiques extrêmes, ses changements de registre, ses recherches sonores avec trémolos. Une œuvre s’inscrivant dans une magnifique continuité de la musique ancienne avec sa personnalité XXe siècle.
Pour clore cette soirée toute de surprises et d’émerveillement à une écoute nouvelle de sons si travaillés, nous citerons Le Tombeau de Messiaen (1994) de Jonathan Harvey. Le jeu pianistique de Bertrand Chamayou était mixé avec la bande d’un piano retravaillé en studio. Des sons de cloche en fin de partition nous ont d’autant plus surpris que la conclusion fut explosive.
Bertrand Chamayou interpréta également des œuvres de Wolfgang Rihm, de Luigi Nono, Olivier Messiaen, John Cage, faisant de son programme un moment d’une intensité exceptionnelle.
Toutes ces recherches du XXe siècle sur les sons nouveaux étaient merveilleusement rendues en ces Abattoirs à l’acoustique curieusement tout à fait bonne.
Merci aux organisateurs de ce Festival de piano dit « Piano aux Jacobins », le premier crée en France après la guerre ! Et comment remercier Bertrand Chamayou de nous conduire avec une telle intelligence sur les voies de la musique dite « contemporaine » !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire