mardi 27 avril 2010

27 avril 2010 Le bonheur est dans le design

Vous aviez prévu d’aller à Beaubourg. Pas de chance, vous avez trouvé porte close. Les gardiens ne sont pas en grève mais c’est tout simplement mardi, jour normal de fermeture de ce musée. Ne ragez pas, contentez-vous de vous retourner et de pousser une autre porte, fort lourde, celle du Centre Wallonie-Bruxelles, juste en face du Centre Pompidou. Vous y trouverez, à défaut de Lucian Freud et Sarkis, qui vous ont fait faux bond, « LE BONHEUR DANS LE DESIGN ».


Bien qu’exposé à la vue de tous sur l’agora qui donne accès au temple de l’art moderne et contemporain de Paris, ce lieu est secret. La presse est aussi discrète sur lui que sa façade enchâssée entre les restaurants de cuisine rapide et les marchands de cartes postales livrés à la convoitise ou à la lassitude des touristes qui l’ignorent. Pourtant, il réserve de belles surprises.

Celle-ci en est une : y est exposée jusqu’au 14 juin 2010 une sélection de pièces majeures de la collection de design de Grand-Hornu autour de grands noms de la scène internationale (Sottsass, Szekely, Bonnetti, Bouroullec, I.Maurer, J.Morrisson, M.Crasset, C. Grcic) et de jeunes talents prometteurs. Mis en scène sur un sol recouvert de miroirs, les meubles et objets se livreront à vous, de face, de côté, dessus, dessous, dans leurs moindres détails. Et, accompagné du rideau d’algues des frères Bouroullec, vous trouverez la lumière via quelques lampes insolites qui éclairent la caverne du fond.

Vous vous demandez ce qu’est le Grand-Hornu : c’est un ancien charbonnage représentatif du développement industriel du XIXème siècle. Situé à côté de Mons, dans la Belgique francophone, à la fois complexe industriel et cité ouvrière, il a été construit entre 1810 et 1830 dans le pur goût néo-classique et dédié à la création contemporaine depuis plus de 20 ans. Le programme d’expositions et de rencontres est alléchant.

Tout ce que vous voulez savoir sur ce lieu et ses animations est disponible sur accueil.site@grand-hornu.be

Mais n’attendez pas de prendre la route de la Belgique pour allez chercher votre acompte de bonheur au Centre Wallonie-Bruxelles (127-129 rue Saint-Martin 75004).

vendredi 23 avril 2010

LA LECON D’ARCHITECTURE DE LE CORBUSIER A PARIS

Vous n’ignorez sans doute rien des déclinaisons urbanistiques et architecturales de LE CORBUSIER à Marseille, à Firminy, de sa vision utopique selon laquelle « Là où naît l’ordre, naît le bien-être » et de sa place dans la reconstruction après la seconde guerre mondiale. Peut-être connaissez-vous aussi certaines de ses « villas blanches » où l’on voit se formaliser les cinq points de son langage architectural, les pilotis, le toit-terrasse, le plan libre, la fenêtre-bandeau, la façade libre?


Mais vous êtes-vous imaginé LE CORBUSIER à Paris, qui plus est chez lui, dans l’appartement-atelier qu’il s’est réservé aux deux derniers étages de l’immeuble Molitor qu’il a construit entre 1931 et 1934 dans le 16ème arrondissement, à proximité des grands stades et équipements sportifs parisiens et où il vécut jusqu’à sa mort en 1965 ? Dans cette opération ponctuelle, il teste ses propositions pour lui-même.

Ainsi, vous découvrirez au niveau 7, le lieu de travail et de vie conçu sur la base d’un plan libre avec des séparations mobiles destinées à isoler les deux espaces. L’atelier est installé sous une grande voûte blanche. Il ouvre sur le stade Jean Bouin par un pan de verre et est toujours inondé d’une lumière de contre-jour direct. Il est enrichi d’un coin bureau et d’un espace rangement. Le logis (cuisine, salle à manger, chambre) est agencé sur le principe du « casier », selon les codes esthétiques et avec les mobiliers standard qui équipaient les villas des années 20. Dans la chambre, vous pourrez y voir une curiosité : LE CORBUSIER y a installé son lit de manière à pouvoir admirer, en position couchée, le paysage de Boulogne au-dessus du parapet !!

De même, vous verrez comment le niveau 8 fait place au toit-jardin, aux extrados de la voûte du niveau inférieur ainsi qu’à une chambre d’amis.

Pièce après pièce, les photos de l’appartement habité par l’architecte ponctuent la visite. Attardez-vous sur celle posée sur son bureau : elle révèle une aiguière turque en céramique, dite « Demoiselle d’Avignon », toute en rondeurs sensuelles qui révèle le goût caché de cet amoureux des formes rigoureuses et dépouillées pour les poteries baroques et rustiques du bassin méditerranéen.

Paris vous réserve une autre surprise corbuséenne : toujours dans le 16ème arrondissement et dans un quartier qui fut, dans l’entre deux-guerres, un havre de chefs-d’œuvre de l’architecture moderne, deux maisons blanches mitoyennes vous attendent square du Docteur Blanche, au fond d’une élégante impasse arborée. Elles datent de 1923 et sont à la fois simples et déjà riches de la plupart du vocabulaire d’un des principaux représentants du « mouvement moderne ».

La première, construite pour le musicien Albert JEANNERET, frère de l’architecte, abrite la fondation LE CORBUSIER. La seconde, édifiée pour Raoul LA ROCHE, ami et collectionneur d’œuvres cubistes, se visite. A son propos, LE CORBUSIER évoque une « promenade architecturale », harmonie recherchée de prismes qui combine blanc, monochromie et polychromie ainsi que peinture, sculpture et architecture. C’est un témoignage de sophistication formelle et d’innovation technique mais aussi la maison d’un amateur d’art et un lieu agréable à vivre où vous aimeriez peut-être vous installer.



Adresses, accès et visites :

- Immeuble Molitor : 24, rue Nungesser et Coli 75016 – Paris lignes 9 et 10 stations Porte d’Auteuil ou Michel-Ange-Molitor. Bus PC1 arrêt Porte Molitor

Visite sur réservation au 01. 42.88.75.72 ou 01.46.03.32.90 le samedi de 10 à 12h30 et de 13h30 à 17h

- Villas : 8, square du docteur Blanche 75016 – Paris Métro Jasmin

Tel : 01.42.88.75.72

Ouverture le lundi de 13h30à 18h, du mardi au jeudi de 10 à 18h,

les vendredi et samedi de 10 à 17h.

Site : fondationlecorbusier.asso.fr

LE REPERE CACHE DE SOPHIE TAUEBER ET JEAN ARP

Lors de votre dernière visite à Strasbourg, vous ne pouviez manquer la visite de l’Aubette, œuvre d’ « art total » de Sophie TAUEBER et Jean ARP. Mais qui irait chercher leur intimité sur les hauteurs de Clamart ? C’est pourtant là, au milieu des bois, dans un lieu isolé qui a toujours attiré artistes et architectes, que décida de s’installer en 1927 ce couple pionnier du dadaïsme et de l’art concret.


Vous pourrez visiter leur maison-atelier construite par Sophie sur le principe de son œuvre selon lequel « l’ornement est l’ennemi de la vérité ». Ce bâtiment dont le style dépouillé est marqué par le Bauhaus, cubique, rugueux, révèle une rigueur cistercienne que vient discrètement animer, comme un tableau abstrait, le rythme des carrés et des rectangles rouges des fenêtres. Il servira de cadre à la création des deux artistes jusqu’à la fin de leur vie et illustre leurs affinités complémentaires.

Ce fut aussi un lieu de rencontres, d’échanges d’idées et le creuset d’initiatives les plus diverses où se retrouvèrent la plupart des écrivains et intellectuels européens des Avant-gardes.

Un escalier central distribue trois niveaux et sépare l’espace de vie et l’espace de travail, la part la plus vaste et la mieux orientée ayant été laissée à l’origine aux deux ateliers. La présentation soignée d’un exemple significatif d’œuvres d’ARP (sculptures, collages, reliefs) illustre sa quête de la forme idéale et son talent à représenter par la dilatation des volumes et des lignes toutes les tensions du mouvement. De Sophie, vous verrez comment son travail traduisait « la recherche du caractère essentiel des fleurs, arbres, animaux et rochers ». Son mobilier sobre, modulaire qui combine trois couleurs primaires avec le gris, annonce le design contemporain.



Dans le jardin, ne manquez pas d’enfiler les gants qui vous sont proposés pour caresser les rondes-bosses voluptueuses des bronzes d’ARP. Vous serez ému de l’imaginer, au milieu de ses plâtres, dans l’atelier qu’il s’est fait construire au fond du jardin après la mort de Sophie.



Adresse, accès et visites :



Fondation ARP,

21, rue des Châtaigniers

92140 – CLAMART



RER Ligne C Station Meudon Val Fleury



Ouverture les vendredi, samedi, dimanche de 14 à 18h et sur rendez-vous (Tel : 01.45.34.22.63)



Site : www.fondationarp.org

jeudi 22 avril 2010

L’Avenue JUNOT ou aborder Montmartre par la face Nord

Las des rondeurs sucrées du Sacré-Cœur livrées à la collection étouffante des touristes intercontinentaux, passez votre chemin et abordez Montmartre par la face nord.


Prenez la ligne 12 du métro, descendez à la station Lamarck-Caulaincourt, grimpez les escaliers de la rue Pierre DAC et commencez l’ascension de l’Avenue Junot.

Retrouvez Paris en saluant sur votre droite la statue d’Eugène CARRIERE, peintre symboliste de la deuxième moitié du XIXème siècle, ami de RODIN et qui influença MATISSE et PICASSO.

Puis poursuivez votre route. Cette avenue était il y a un peu plus d’un siècle un maquis champêtre, refuge des mauvais garçons puis des artistes fraîchement débarqués à Paris, tels VAN DONGEN et MODIGLIANI. Elle vous offrira aujourd’hui, dans un écrin vert, une paradoxale surprise : un repère exceptionnel d’architecture rationaliste Art Déco sur lequel souffle la mémoire du surréalisme.

Du côté des numéros pairs (n°s 36 à 22), vous déambulerez entre des maisons particulières et des ateliers d’artistes arborés dont la rigueur fonctionnaliste flirte quelquefois avec des relents d’Art Nouveau.

Du côté impair (n°25), les maisons aux couleurs acidulées de la villa Léandre vous transporteront à Notting Hill : dans l’une d’elles, Max ERNST a fait surgir « de mystérieuses correspondances entre le monde familier et le monde surréel du rêve ». Au n°15, Adolf LOOS a conçu la maison de Tristan TZARA, fondateur de Dada, qui, avec ARAGON, BRETON et SOUPAULT, a voulu « tuer l’art ». Sur un soubassement de moellons apparents, un grand mur de crépi blanc évidé au centre par une profonde loggia dessine une façade puissante et élégante. Levez les yeux devant l’hôtel particulier du n°13 : vous y verrez la frise de pierrots gourmands du dessinateur POULBOT, hommage sage et coloré aux gamins dépenaillés de Montmartre qui inspirèrent ce dessinateur.

Pour finir de découvrir Montmartre à l’envers, prenez au n°2 bis l’impasse Girardin et vous serez seul à porter votre regard curieux de l’autre côté de l’avenue d’où surgira, tel Don Quichotte, le dos décharné et dominateur du Moulin de la Galette harcelé côté face par les ardeurs photographiques d’une foule compacte d’admirateurs.

Au n°2, subsiste l’atelier du peintre Gen PAUL, considéré comme l’un des pères de l’expressionnisme abstrait des années 1950.

Enfin, le Passe-Muraille de bronze sculpté en 1989 par Jean MARAIS, en hommage à la nouvelle éponyme de l’écrivain français Marcel AYME, surgit du mur qui ferme l’avenue et clôturera votre promenade sur une dernière note surréaliste.